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Haïti-société: des marchands nostalgiques de « Bò Katedral »

Il y a un an environ depuis que Bel Air et Delmas 6 s’affrontent. Et comme conséquence, la route passant devant la cathédrale de Port au Prince bloquée, les marchands qui fréquentaient cet espace commercial ( Bò Katedral) sont aux abonnés absents. La zone devient déserte. Certains d’entre eux qui caressent l’envie d’y retourner crachent leur nostalgie.

PlanetPress, le 10 juillet 2022.-

Des tréteaux abandonnés, des tas d’immondices jonchent le sol. Calme apparent, espace déserté, des maisons abandonnées, des mâts abîmés balancent au gré de la brise, semblable à une ville minée par la guerre. A quelques encablures, la cathédrale provisoire de Port-au-Prince domine le promontoire. Les quatres façades encerclées, voilà le visage de « Bò katedral » depuis un an environ.

Situé à quelques mètres de Palais National, cet espace hautement commercial est au bord de la disparition. Non pas parce que la zone n’existe pas mais vue que la vie qui existait il y a deux ans de cela a disparu laissant plusieurs centaines de commerçant de tout genre aux abois.

Une conséquence de la guerre des gangs

Difficile d’habiter à Port-au-pince, à Carrefour, Delmas, entre autres et ne pas être passé par là même pour une fois. Dans cet espace se joignent toutes sortes de marchands et de gens travaillant dans la réparation des objets de toutes sortes souvent experts dans la contrefaçon. Comme pour de nombreux quartiers de Port-au-Prince, les marchands qui habituellement sont venus dans l’espace pour écouler leurs produits ne peuvent plus passer. Des gens y sont morts d’autres blessés lors d’échanges de tirs entre gangs armés qui se trouvent au voisinage de ce grand
centre commercial.

 » Je vends depuis 2012 à côté de la cathédrale. Face à la multiplication des actes d’insécurité où des marchands sont tombés sous des balles assassines, nous sommes obligés par prudence d’abandonner l’espace », a témoigné Jacob spécialisé dans la vente de
vêtement.

Des marchands entre nostalgie et chagrin

C’est l’espace où l’on pouvait tout trouver. C’était un grand centre commercial. Tout le monde le fréquentait. On y retrouvait: des marchands de vêtement, de bijoux, de livres, d’articles ménagers, d’ appareils électroniques entre autres.

 » Difficile pour moi de descendre là-bas et de rentrer bredouille », précise Carine, 52 ans ajoutant:  » Même si les conditions sécuritaires n’étaient toujours pas normales mais on fonctionnait tant bien que mal. J’y vais, je vends des produits et je rentre à la maison. c’était le rituel », se souvient Carine.

Paul, lui aussi, se souvient de ses bons moments.  » Je suis marchand de montres, de lunettes solaires, de chaînes, de casquettes. Il y a toujours un client qui passe dans notre espace. Au moins par jour on peut sortir avec quelque chose ce qui est diffrent au jourd’hui « , évoque t-il.

Ces marchands veulent y retourner

Les marchands et marchandes à qui nous avions parlé dans le cadre de travail caressent l’envie de retourner au bord de la cathédrale de Port au prince. Mais lorsqu’ils se souviennent des proches tombés sous des balles inconnues se montrent réticents et lancent un appel à la police et au gouvernement.

 » Aujourd’hui, nous avons besoin de sécurité. Si la police nationale arrive à créer un climat de paix dans la zone de Bel Air, on peut y retourner sans problème, les clients peuvent eux aussi passer sans la moindre peur. Mais dans un tel contexte nous ne pouvons pas nous emmener à la boucherie d’autant que ces dernières semaines, Bel Air traverse une situation de regain d’insécurité », à conditionné Carine.

« Bò katedral » retrouvera t-il un jour son visage d’antan ? Voici une question qui hante l’esprit de plus d’un notamment ces marchands qui se sont confiés à nous.

PlanetPress

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